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Bali , c’est évidemment des paysages somptueux, un climat agréable à longueur d’année, une culture et une cuisine raffinées mais au-delà de ces clichés, ce qui m'en restera avant tout c'est la rencontre avec ses habitants dont la gentillesse indéfectible n'est pas une légende. C'est donc tout naturellement que j’ai eu envie de ramener dans mes bagages leur sourire, leur beauté, leur sérénité…
La joie de ces écolières en uniforme à la sortie des classes faisait plaisir à voir. Très exubérantes, elles n’arrêtaient pas de faire les folles devant l’objectif. Un vrai moment de bonheur dans la belle lumière de fin de journée!
Facile à dire mais pas forcément à faire lorsqu'il s'agit de prendre des inconnus en photo! Personnellement, il m'est aussi difficile d'aborder un étranger pour lui demander l’autorisation de le prendre en photo que de dégainer mon réflex en douce, de le pointer sur lui et de déguerpir avec mon butin sans demander mon reste aussitôt après avoir déclenché. Alors comment procéder pour à la fois obtenir des expressions authentiques et ne pas heurter la sensibilité de ceux que l’on choisit d’immortaliser?
Je n’ai pas la prétention de donner une réponse toute faite à cette question qui taraude plus d’un photographe mais à la demande de certains d’entre vous, je vous livre ici quelques éléments de ma très modeste expérience en la matière.
Tout d’abord, j’ai eu la chance de mettre la main sur le livre de
David Duchemin, “L’âme du photographe, comment donner un sens à vos images” en traînant au rayon photo de ma librairie préférée. En le feuilletant, j’ai d’emblée été touchée par ses images authentiques et profondément humaines. J’ai ensuite été séduite par son approche emprunte de douceur, de sensibilité et de respect . Je vous recommande chaudement ce bouquin basé essentiellement sur les émotions que le photographe entend faire passer à travers ses clichés. Un livre très instructif qui, pour une fois, ne place pas la technique au premier plan (il y en a bien sûr un peu mais c’est tout à fait accessible). Cela étant, la lecture des meilleurs ouvrages ne permettra jamais de faire de bonnes photos à celui qui ne saura pas sur le terrain faire preuve d'un minimum de bon sens, de temps, de contact et de courtoisie. C’est du moins ce que j’ai pu expérimenter à Bali l’été dernier.

Le regard tout en retenue d’une jeune maman et de son fils croisés sur une plage quasi déserte à proximité d’un village de pêcheur au Nord de l'île..
En m’offrant ses visages sans fausse pudeur, ni coquetterie feinte, juste de manière authentique, pudique, Bali m’a littéralement décoincée. Je dois toutefois reconnaître que les Balinais ont un rapport très décontracté avec l’appareil photo et qu’ils m’ont singulièrement facilité la tâche. Je n’ai ainsi jamais eu l’impression d’agir en “paparazza”, ni de violer leur intimité.
Les portraits rapprochés que j’ai montrés sur ce blog n'ont pas été volés et je ne me suis jamais cachée pour prendre une photo. Je ne parle pas balinais mais dans ce genre de situation le langage des signes, un sourire, un regard suffisent largement. Le fait que je soit une femme m’a peut-être aussi servie (j’aimerais beaucoup avoir le point de vue d’hommes sur ce point), surtout lorsque je m’adressais à des enfants.
Nous avons croisé ce garçon et son cerf-volant lors d’une balade en vélo dans un village perdu dans les rizières. Le contact avec les habitants fut nettement plus amical qu’avec les chiens, qui nous ont longtemps collé aux pédales en aboyant.
Il ne m’a bien sûr pas toujours été possible de demander l’autorisation de toutes les personnes présentes sur les lieux publics où je souhaitais prendre des photos. Tel fut le cas notamment dans un temple où se déroulait une cérémonie haute en couleurs et terriblement photogénique.
Grâce et élégance dans la tenue comme dans la gestuelle!
Ne sachant trop s’il était permis de prendre des clichés, j’ai commencé par rester debout en marge des fidèles, l’appareil photo bien en vue, pour laisser aux gens le temps de s’habituer à moi. Après un bon quart d’heure passé à observer ce qui se déroulait sous mes yeux et à essayer de nouer un contact visuel avec les personnes qui se trouvaient à proximité, j’ai fait signe à certaines d’entre elles pour leur manifester mon intention de prendre des photos. Leurs sourires qui répondaient au mien m’ont encouragée à déclencher. Le fait de leur montrer immédiatement le résultat sur l’écran de contrôle de l’appareil a achevé de briser la glace. Les modèles se sont alors mis à interpeller leurs proches en riant pour leur montrer la photo. L’idéal aurait bien sûr été de pouvoir, comme le fait David Duchemin, tirer immédiatement l’image sur une petite imprimante de poche et l’offrir en guise de remerciement. Depuis cette journée, je songe du reste sérieusement à investir dans un tel appareil avant mon prochain voyage. Malgré la charge supplémentaire que cela représente en cas de déplacement, le plaisir évident des gens en vaut largement la peine.

C’est la maman de ce garçonnet qui m’a demandé de le prendre en photo après avoir vu le portrait de la fille de sa voisine sur mon appareil. Cet après-midi au temple reste l’un des grands moments de mon voyage et la preuve que la photo peut être une moyen d’échange et de partage positif.
Cela m’amène naturellement à aborder un aspect beaucoup plus délicat auquel je n’ai pas été confrontée (heureusement) à Bali mais qui existe bel et bien. Faut-il rémunérer les personnes que l’on prend en photo ? La question fait débat sur de nombreux forums de voyageurs et divise l’opinion. La majorité des avis que j’ai pu lire dans des ouvrages et sur le web est hostile à une rémunération en espèces. Les effets d’un geste qui se veut en principe généreux et reconnaissant peuvent en effet s’avérer très pervers. A titre d’exemple, des enfants déplacés par leur parents dans des lieux touristiques très reculés et "dressés" à poser pour de l’argent se voient de fait privés de la possibilité d'aller à l'école. On comprend mieux la spirale infernale dans laquelle la “bonne conscience” de touristes nantis peut entraîner ces populations. Là encore, je n’ai pas de solution tout trouvée et j'ignore comment je réagirais en telle situation. Probablement renoncerais-je à la photo. Il me semble pourtant que certains petits trucs pratiques peuvent permettre parfois de contourner positivement le problème. Les marchés et les boutiques par exemple sont des lieux photographiques privilégiés. Il suffit souvent d’acheter un petit truc au marchand avant de lui demander l'autorisation de le photographier. Les refus dans ce cas sont rares et pour peu que l’on prenne la peine d’attendre quelques minutes, le commerçant a oublié la présence du photographe et retrouvé une attitude beaucoup moins "posée".
Il peut enfin arriver qu'une personne refuse d’être photographiée. Dans ce cas, il est inutile d’insister. Même si à Bali j’ai été extrêmement gâtée et n’ai pas essuyé de refus, je suis bien consciente que d’autres populations du globe peuvent se montrer beaucoup moins amicales et coopérantes. Je me rappelle d’une vieille femme rencontrée l’an dernier en Croatie, qui s’est fermement, pour ne pas dire hostilement, opposée à ce que je la prenne en photo malgré l’insistance de son fils. J’y ai renoncé aisément, car j’étais tout aussi mal à l’aise qu’elle. Bien m’en a pris, car quelques jours plus tard, au hasard d’une balade, une autre grand-mère s’est alors gentiment prêtée au jeu!
Si vous aimez Bali et avez envie de la découvrir à travers un autre objectif , n'hésitez pas à aller jeter un oeil aux photos absolument saisissantes de Raynald qui se trouvait sur l’île pratiquement en même temps que moi cet été.