lundi 30 août 2010

A la conquête de l’Ouest

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Il y a belle lurette que sa chambre n'avait plus connu une telle sérénité. Les tiroirs de son armoire en indigestion chronique ne régurgitent plus t-shirts et chaussettes dépareillées. Ses livres, suicidés réguliers des étagères, ne gisent plus sur la moquette maculée de traces de maquillage. Jusqu'à son lit, étrangement tiré à quatre épingles, qui trône un peu irréel au coeur de la pièce silencieuse.

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Elle a pris son envol ce matin pour mettre un océan entre nous et je me découvre soudain mère agitée. Ce fichu cordon que je croyais coupé depuis longtemps se tend à force que je la sens s'éloigner. Il me déchire les entrailles jusqu'à me faire oublier les prises de bec et de tête à répétition qui ont empoisonné ces dernières années d'adolescence.

Elle a fini par  la décrocher sa place tant convoitée. Boston, une autre langue, une autre famille, une autre vie pendant un an. C'est son choix. Elle a pris sa vie en main, s'est démenée pour concrétiser ses projets et marche sur le chemin qu’elle s’est tracée toute seule.

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A l’heure d’internet, de skype et j’en passe, on refuse de croire que l’on peut être séparé mais là, dans nos tripes, on sent l’absence, la distance comme mesure de l’attachement… Il faut s’éloigner pour apprécier ce que l’on a et ceux que l’on aime. Ces derniers temps, l’imminence de son départ nous a rendues l’une et l’autre plus conciliantes. En silence, j’ai savouré ses bisous soudainement retrouvés le soir avant le coucher, les mots d’affection semés l’air de rien sur mon portable, notre connivence dans les préparatifs...  

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La nuit dernière, une violente tempête a dévasté son crâne et ce matin, mon coeur s'est soulevé sous l’effet d’une lame de fond dont jamais je n’aurais soupçonné l’apparition. Mais les turbulences de notre météo corporelle n'y ont rien changé. Elle s'en est allée. Reste ma fierté devant sa force, son courage, parce qu’il en faut pour partir seule vers l’inconnu. Un an pour découvrir, apprendre, comprendre, un an pour forger sa personnalité et se rendre compte de son appartenance culturelle, quelle richesse!  

Et grâce à elle, j’aurai enfin un bon prétexte pour célébrer mon baptême américain. Un jour, pas tout de suite… 


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Good luck, Honey!

dimanche 22 août 2010

Bali en riz

Un murmure, un ruissellement venu des cimes volcaniques qui se déverse de champs en champs, de l’eau partout…. C’est Bali qui rit de se voir si belle en ses innombrables miroirs!


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Etagés, superposés, façonnés par l’homme de génération en génération, ils reflètent l’humeur du ciel ou se tapissent d’une moquette veloutée dont la couleur varie au gré de la maturité des plantations qui s'échelonnent tout au long de l'année. A Bali, il n'y a pas de saison pour le riz.

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A mesure que l’on monte dans les vallées, le paysage se fait de plus en plus envoûtant. Arrivée à proximité d’Ubud, je peux enfin admirer ces mythiques rizières en terrasses qui façonnent les collines en de gigantesques marches d’escalier. Constamment soumise à des alternances de pluie et de soleil propices à l’explosion d’une végétation tropicale luxuriante, cette région du centre de l'île se pare d'un camaïeu de vert éclatant. C’est splendide mais il fait chaud, moite. Je colle, je poisse, et pourtant c’est la saison “sèche”!

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Il me suffit toutefois de voir cette femme patauger pieds nus, de la boue jusqu’au genoux, pour cesser de me plaindre, surtout lorsque j’apprends que les rizières grouillent de rats et de serpents… A côté, désherber et tondre mon jardin est une vraie partie de plaisir!

Depuis que selon la légende, un roi a reçu des graines de la précieuse céréale en cadeau d’un dieu, les Balinais n’ont eu de cesse de sculpter les pentes de leur île en de multiples terrasses, lui conférant sa légendaire beauté au prix d’un travail titanesque. Du labourage au repiquage des jeunes plants, tout se fait essentiellement à la main. Et lorsqu’enfin Bali "riz" jaune, c'est à la faucille que les hommes moissonnent.


La culture du riz n’a pas uniquement modelé le paysage naturel de Bali, mais également son paysage social. Les difficultés à labourer et à irriguer les terrains montagneux ont contraint les villageois à partager travaux et responsabilités en s’organisant en “Subaks”. Ces associations de villageois gèrent le système d’irrigation millénaire très évolué qui permet trois récoltes annuelles. Le partage de l'eau est équitable, chaque cultivateur attend son tour pour inonder son champ du plus haut au plus bas. 
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C’est également la subak qui se charge des obligations religieuses liées à la culture de cette céréale en appelant sur les champs la protection de la déesse du riz grâce aux offrandes renouvelées chaque jour sur les petits autels de chaque rizière. Cette organisation sociale assure ainsi aux paysans une vie en harmonie avec leur environnement, leurs semblables et les dieux.

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Malheureusement, le Subak comme système traditionnel d'agriculture tend à être abandonné pour d'autres moyens d'irrigation nettement moins respectueux. Ici, l'eau d'une rivière est détournée pour l'alimentation de réservoirs d'hôtels, là, des hommes d'affaires bloquent les voies d'eau afin de créer de plus grand rapides pour leur business de rafting... De plus, la culture de nouvelles variétés aux besoins accrus en eau et en pesticides fragilise le subtil écosystème des rizières. Espérons que le tout récent programme gouvernemental pour un Bali "propre et vert" auquel sont associés les dirigeants religieux et communautaires saura préserver ces merveilles d'une lente et inexorable disparition.

Bon, j'arrête de faire mon écolo alarmiste. La prochaine fois, ce sera plus "riz-golo", on en mangera!

lundi 16 août 2010

La danse crépusculaire


Il y a vraiment des jours bénis lors desquels je me félicite d’avoir préféré une balade solitaire au confort de mon  canapé transat. C’est souvent lorsque je suis seule, libre d’observer à ma guise, de m’arrêter aussi longtemps que nécessaire, de me contorsionner dans tous les sens, que ma moisson photo est la plus gratifiante. 

Ce soir-là n’a pas fait exception. Après avoir croisé la jeune maman et sa fillette qui ramassaient des coquillages, j’ai vu de loin, de très loin, cette petite silhouette jaune et rouge gigotant à moitié immergée. Elle m’intriguait. Mais que fabriquait-elle donc dans l’eau depuis si longtemps? 

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Succombant à ma curiosité, j’ai cherché à m’approcher. Non sans peine! Mes pauvres pieds, uniquement chaussés de tongs, m’en veulent encore de les avoir malmenés sur ces pierres volcaniques. Faute de zoom suffisamment puissant, il m’a ensuite fallu me mouiller. De l’eau jusqu’au genoux, craignant par dessus tout de passer au jus avec mon appareil, j’ai failli faire demi tour plus d’une fois. 

Mais l’obstination a parfois du bon car c’est à un véritable spectacle que j’ai eu la chance d’assister.

L’homme, dans une chorégraphie parfaitement rôdée,  dansait dans  le scintillement du jour qui s’éteint dans la mer. 
 
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Des gestes lents et mesurés, maintes et maintes fois répétés…

comme une inlassable incantation  à Dame Nature pour qu’elle daigne lui offrir de quoi nourrir sa famille… 

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Au final, il lui a bien fallu près de deux heures pour compter 4 à 5 bestioles dans son filet.

C’est sûr, la prochaine fois que je mangerai du calamar, je me rappellerai de la patience infinie qu’il a fallu à ce pêcheur pour les ferrer!

mardi 10 août 2010

Raconter Bali


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Vertige!

Des centaines de photos accumulées dans mon ordi, des souvenirs à la pelle et des impressions qui se bousculent dans l’anarchie de mon cerveau destructuré par les vacances.

Ma plume s’amuse de ma perplexité. Elle divague sur un océan immaculé de papier sans trouver le port où jeter son encre qui se dilue. Par où commencer?

Du sud au nord, de Denpasar à Pemuteran, puis retour au sud en s’attardant au centre montagneux de l’île. Le fil semble tout trouvé… Mais non, je ne veux pas d’un carnet de route chronologique détaillant par le menu les différentes étapes de notre périple balinais. Là n’est pas l’intérêt.


Bali, tu m’as séduite. Tu m’as fait rencontrer des gens d’une exquise gentillesse et d’une grâce sans pareille. Tu m’as appris à oser des images que je n’aurais jamais rêvé pouvoir faire ici. Tes couleurs, tes saveurs, tes senteurs, tes bonheurs, c’est cela que je veux partager ici, comme le timide salut de cette fillette croisée en fin de journée au hasard d’une balade sur une plage quasi déserte du nord de l'île. 

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Elle batifolait autour de ses parents qui ramassaient des coquillages dans le sable noir volcanique, caractéristique de cette région. Lorsqu’elle m’a aperçue, elle m’a fait signe joyeusement. Mais alors que je cherchais à les rejoindre, en évitant prudemment les blocs de lave coupants, elle s’est réfugiée apeurée derrière sa maman en hurlant. Je n’ai jamais pu m’approcher à moins de dix mètres… 

C’est décidé, l’année prochaine, je m’achèterai un chapeau qui n’effrayera pas les petits enfants!

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La région de Pemuteran est l’une des plus pauvres de l'île. Proche de Java la musulmane, elle compte de nombreux adeptes de l’islam, alors que Bali est très majoritairement hindouiste. Cela explique sans doutes les foulards portés par la mère et la fille.

jeudi 5 août 2010

Rentrer

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Vider mes bagages tout collants et puants,

Faire la lessive forcément,

Retrouver mes marques et reprendre le boulot péniblement,

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Décharger mon appareil photo et trier mes 1’334 images patiemment,

Fermer les yeux  un moment,

Ordonner mes souvenirs pour raconter Bali sans que ce soit trop chiant passionnément,

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Et revenir incessamment….

lundi 2 août 2010

Zoom arrière

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Il m’arrive parfois d’avoir le nez dans le guidon. Tout est trouble, je n’y vois plus rien et ce n’est pas un opticien qui pourra m’aider sur ces coups-là.

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Difficile dans ces  conditions de distinguer le faux du vrai, de faire la part des choses. Je suis perdue, bloquée et je déteste ça. Pourtant, avec le temps (aïe, je parle comme ma grand-mère), j’ai appris qu’il suffit souvent de peu de chose pour sortir de l’impasse.

Juste un peu de recul…

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...et tout devient limpide!



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