Oui, je l’avoue, ce qui devait arriver est arrivé, j’ai commis un crime de lèse-démon:
j’ai mis les pieds dans le plat!
A ma décharge, il faut dire qu’il y en a vraiment partout de ces petits paniers garnis, sur les trottoirs, sur le seuil des commerces et des restaurants, à la plage et même sur les voitures, à tel point que les éviter relève de la gageure.
En fait, il ne s’agit ni de lots de tombola, ni de décorations pour touristes, mais d’ offrandes destinées aussi bien aux dieux qu’aux démons. Car comme à Bali tout est équilibre, si l'on rend hommage au dieux ou aux ancêtres, il ne faut pas surtout pas oublier les démons, histoire de ne pas faire de jaloux! Bon, mieux vaut tout de même être un dieu qu’un démon. Les paniers d'offrandes destinés à ces derniers sont moins jolis et déposés à même le sol, partie la plus impure de la Terre. Ils sont aussi remplis de choses souvent beaucoup moins ragoûtantes et peuvent contenir de la nourriture avariée car de toute façon, les démons sont goulus et ne font pas de différence.
Les dieux sont par contre beaucoup plus délicats et les offrandes qui leur sont destinées nettement plus raffinées ! Constituées de pétales de fleurs, de riz, et de nourriture sucrée, elles sont surmontées d’un bâton d’encens, placées sur des autels en hauteur et copieusement aspergées d'eau bénite.
Heureusement pour la paix de mon âme, les Balinais se fichent comme de leur dernier sarong de mes piétinements. Tout ce qui compte pour eux est de faire une offrande matin et soir, tous les jours, toute l'année. Et ils sont tous d’une assiduité remarquable!
Les grandes occasions donnent lieu à des offrandes beaucoup plus conséquentes et recherchées. Elles peuvent prendre la forme de pyramides colorées de fruits ou de gâteaux, voire même d’animaux entiers cuits à point. Ces jours-là, et ils sont nombreux, les temples ressemblent à des lieux de rassemblement pour pique-niqueurs surchargés!
Mais là où ils sont drôlement futés, les Balinais, c’est qu’ils se contentent de présenter leurs offrandes aux dieux pour en offrir l’essence qui parvient à leurs destinataires grâce à la fumée de l’encens. Une fois la cérémonie achevée, ils repartent avec leurs victuailles pour les manger tranquillement à la maison.
Et bien moi, je dois dire que cette façon conviviale et festive d’envisager la religion me plaît beaucoup!


